Un point route italien
Lundi, 09 Mars 2009 07:14
Celeste
La cassa integrazione » (le nombre de travailleurs actuellement sans emploi de façon provisoire ou définitive) a augmenté de 553%, Bankitalia prévoit une année 2009 noire, noire noire, et le PIB devrait plonger de 2,6%, ce qui représente un trou (un gouffre) de 41 milliards d'euros.
L'Italie est entrée en récession, le PIL est à son plus bas niveau depuis 1975. Le marché de l'automobile a chuté de 24%.
2009 sera une catastrophique pour les travailleurs précaires, on estime que, chaque mois, 70 000 personnes seront licenciées.
Et qu'a dit Berlusconi ?
« La crise n'est pas tragique, ce sont les médias qui exagèrent ! »
A la proposition du parti démocrate de verser une indemnité aux chômeurs il a ensuite répondu : « Non, ce serait une incitation au licenciement ».
Il y a quelques jours son gouvernement s'était déjà tristement illustré en annonçant que désormais les femmes devraient travailler jusqu'à 65 ans au lieu de 60 ans. Devant le tollé suscité il a hier précisé : « Nous essayons d'éviter une procédure d'infraction européenne ».
Cerise pourrie sur le gâteau, la junte au pouvoir prépare une attaque en règle au droit de grève en la rendant purement et simplement illégale. Une nouvelle loi prévoit une « grève virtuelle » qui consiste pour les travailleurs à travailler sans être payés. Des mesures de répression draconiennes seront appliquées en cas d'occupation des gares et des rues.
Sources : Il Manifesto, La Repubblica
J'étais vendredi en train d'expliquer à mes élèves du lycée les finesses de l'accord du participe passé utilisé avec l'auxiliaire avoir quand une "bidella" * est entrée dans la classe, porteuse d'une communication administrative.
Elle était brève, quelques lignes que la prof a lu aux élèves et dont je reproduis ici la substance :
« Afin de lutter contre l'usage de la drogue, à dater d'aujourd'hui et sans prévenir, des brigades policières accompagnées de chiens feront des descentes dans les établissements scolaires »
Les élèves en sont restés bouche bée sauf une fille qui a poussé un « Ahhhhh ! » apeuré.
La prof et moi avons échangé un bref regard atterré puis elle a dit « Ce sera comme ça dans tous les lycées, on revient à l'accord du participe passé ».
Et j'ai ajouté en faisant la grimace « En France, c'est pareil !».
Plus tard en traversant la salle des profs j'ai constaté avec inquiétude mais sans surprise que l'argument ne faisait pas la une des discussions entre collègues, loin de là , personne n'en parlait !
C'est cela qui m'a le plus effrayée, cette indifférence, cette résignation, pire, ce soutien tacite de la part des enseignants. Comme s'ils ne voyaient pas que la drogue n'est qu'un prétexte pour terroriser les adolescents, considérés comme des ennemis dangereux, en envoyant des forces policières munies de chiens, dans des lieux qui leur appartiennent, des lieux dédiés au savoir.
Une société qui a peur de ses propres enfants n'a pas de futur !
* Les « bidellis » : spécialité italienne composée essentiellement de Calabrais(e)s et de Sicilien(ne)s arrivés dans la profession par des canaux plus ou moins limpides et qui sévit dans les écoles afin de n'y rien faire, ou presque, si ce n'est espionner pour le compte des dirigeants, faire éventuellement les photocopies, passer de classe en classe pour porter des communications ou lire le journal dans les couloirs.
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